Dans l’article précédent, j’ai mis en évidence que l’enfant a besoin d’être confronté à des limites pour pouvoir construire son identité …et que le rôle du parent est de le recadrer constamment pour installer de bonnes bases comportementales et psychologiques. Le paradoxe est qu’il faut en même temps canaliser les pulsions instinctives de l’enfant tout en sachant que notre but ultime est de lui donnerl’indépendance . C’est quelque chose de très difficile à faire, parce que si on est trop exigeant et directif, on se sent coupable …et si on laisse aller, on se sent coupable aussi… !
Nous avons tendance à mélanger les deux énergies
« la répression et la liberté » en fonction de notre humeur ou de nos obligations …ex : certains jours les enfants peuvent aller jouer dehors sur la rue et d’autres jours ils ne peuvent pas …pourquoi… l’histoire ne le dit pas …c’est tout simplement parce que cela arrange bien le parent ce jour-là ! et pas le lendemain ! Donc l’enfant ne sait plus sur quel pied danser et il finit par ne plus tenir compte de ce qu’on lui dit. Le truc serait de séparer les deux énergies dans des espaces-temps spécifiques .
Je m’explique ,
mais comme un exemple vaut mieux qu’un long discours…Voici l’histoire d’une grand-mère de douze petits-enfants s’échelonnant de 5 à 15 ans . Chaque année, cette grand-mère que nous appellerons Nora aimait recevoir durant quelques jours , l’ensemble de sa famille dans le domaine familial. C’était des moments heureux pour toute cette petite ruche…mais la discipline était très présente, car Nora voulait que sa famille soit représentative de son statut aristocratique. Un jour Nora eu l’idée de créer un événement marquant pour ses petits enfants…un événement qui frapperait les esprits et qu’on garde en mémoire toute sa vie . En fait elle voulait donner une autre image d’elle même… elle voulait que ses petits enfants la voient comme une grand-mère plus cool, plus moderne, plus conciliante , plus proche d’eux…et elle décida de créer le dîner des « mal polis » . En bon stratège, elle rassembla de grand matin tous ses petits enfants (sans les parents) pour écrire la chartre du dîner des « mal polis ». Car Nora qui en connaît un bout sur l’éducation sait que les décisions doivent être prises en commun si on veut que les participants s’investissent et respectent les règles. Les enfants prirent place autour de la grande table de la salle à manger et Nora affichât un grand papier sur le mur.
On fit un premier tout de table ,
les petits avaient autant droit à la parole que les grands …et chacun exprimait un souhait ou sa vision de l’événement …la grand-mère notait toutes les propositions quelle quelles soient . Au fur et à mesure que chacun s’exprimait , les propositions étaient de plus en plus effrontées et cela créait une ambiance de joie débridée parmi les enfants. On fit ainsi à peu près trois tours de table, jusqu’à épuisement des idées.
Ensuite vint l’heure du vote
et c’est ensemble que les enfants décidèrent d’adopter les propositions à la majorité simple…12 enfants + Nora = 13 votes. Donc si 7 votes sont pour la proposition , celle-ci est adoptée …quelle qu’elle soit !
Et c’est comme cela que sur la chartre du dîner des « mal polis » on pouvait lire :
– il est permis de parler en mangeant. – il est permis de laisser ce qu’on n’aime pas sur son assiette. – il est permis de manger torse nu en maillot de bain. – il est permis de manger la bouche ouverte. – il est permis de fumer à table. – il est permis de recracher ce qu’on n’aime pas dans son assiette. – il est permis d’appeler Grand-mère Nora et de lui parler comme à une copine. – il est permis de mettre les coudes sur la table et les pieds aussi ! – il est permis de dire des gros mots, etc… etc…
Nous devons maintenant définir l’espace temps
dans lequel nous allons manifester tous ces comportements hors du commun dit La grand mère…C’est un point stratégique important pour lequel tout le monde devra être d’accord … Je propose dit Nora que les festivités démarrent à midi tapante, heure à laquelle on passera à table …et se terminent à 14 heures….Après quoi on déchirera la chartre des privilèges et tout redeviendra comme avant …et si cette animation est une réussite, nous attendrons l’année prochaine pour remettre le couvert. Mais il faut que chaque enfant s’engage à le respecter…sans quoi il ne fera pas partie du dîner, il mangera à la cuisine avec la servante. Nora refit un tour de table en demandant à chaque enfant de lever la main et de dire « je le promets ». Après quoi ce fût la débandade, chacun avait hâte de se préparer…et les plus jeunes coururent annoncer la chose à leurs parents qui écoutaient les yeux écarquillés .
Le dîner eut lieu dans le capharnaüm qu’on imagine,
chaque permission écrite sur la chartre fut poussée à son paroxysme …et c’est comme cela que Nora s’entendit dire par le plus âgé de ses petits enfants : « alors pétasse, c’est quand que tu arrives avec la bouffe ».
Quelle soupape de liberté
apportant une vision amplifiée des rapports humains…car leur grand-mère est maintenant perçue comme une femme accessible, qui a au fond d’elle les mêmes envies de transcender les règles… mais c’est une femme forte qui sait canaliser ses envies pour avoir le contrôle sur sa vie.
Les enfants furent éblouis par l’audace de leur grand-mère …
Et contre toute attente les enfants manifestèrent du respect et acceptèrent de lui obéir inconditionnellement puisqu’elle leur a prouvé sa similitude. Alors même si les limites redeviennent strictes , les enfants les acceptent parce que c’est un mal nécessaire derrière lequel existe une vrai liberté.