Ma grand-mère maternelle qui était loin d’être une femme étouffée par l’optimisme avait pour coutume de dire : « Tout passe, tout lasse et tout trépasse ! »
Et c’est exactement ce que je suis en train de vivre durant ces années 1973, 74…Cela fait 10 ans que nous sommes mariés, mon mari et moi …
J’ai vécu les 3 premières années dans l’émerveillement de ce personnage intelligent, drôle, plein d’humour et d’esprit …j’ai pris beaucoup de plaisir à lui piquer tous ses « trucs de drôlerie » et j’aimais lui montrer combien j’étais bonne élève …mais cela n’a fait qu’installer la compétition entre nous !
Je me souviens de vacances au Lavandou où il était très vexé parce que mon accent du Midi était plus authentique que le sien d’où j’étais parvenue à me faire passer pour originaire du coin !
Pour le macho brut de décoffrage qu’il était …c’était insupportable …il perdait l’emphase de la statue équestre qu’il s’était fabriquée .
On ne nous explique pas les mécanismes du mariage quand on a 20 ans…
quoique je ne sais pas si cela servirait à grand-chose …je me rappelle avoir un jour conseillé la plus jeune de mes filles sur les rapports peu égalitaires entre les garçons et les filles et je me suis entendue dire …. » OH maman, ça c’était de ton temps , maintenant ça ne marche plus comme ça ! Oups !
Tomber amoureux est un savant mélange d’instinct de survie et de narcissisme .
Premièrement : L’instinct de survie primitif situé dans le cerveau reptilien qui est lié à la procréation … fait qu’on ne choisit pas n’importe qui pour se marier …aussi bien chez les garçons que chez les filles .
Deuxièmement : L’instinct de survie inconscient, plus vicieux celui-là …parce qu’il est lié à nos croyances de survie personnelles…peut s’envisager sous 3 formes :
1e Exemple : il arrive qu’on se choisisse un ou une partenaire fort(e) parce qu’on se sent faible et que grâce à ce choix on se sentira protégé … ou pris en charge…ou complètement assisté .
2e Exemple : Il arrive que le choix se porte sur un ou une partenaire faible … pour se donner l’impression d’être plus fort que l’autre… acquérir ainsi de la puissance, se croire invulnérable…et parfois devenir autoritaire…ou despotique…
3e Exemple : faire le choix délibéré de s’accoupler avec un ou une partenaire de même énergie ou de même puissance, parce qu’on a besoin d’installer des jeux de pouvoir pour se sentir exister . C’est le jeu qui crée le couple . Eh oui ! les humains sont des êtres compliqués…
Ceci est une analyse lamentablement basique et je m’en excuse,
mais qu’on ne fait pas quand on tombe amoureux . …On se contente de flotter à 20 centimètres du sol, la tête dans les nuages et les illusions ….sans se poser la moindre question …
A-t-on pris la peine de connaître les valeurs primordiales de l’autre et l’ordre d’importance dans lesquelles il les place ? Et ensuite de comparer tout cela avec son propre système à soi ? Hé bien NON ! En tous cas, moi je ne l’ai pas fait …et j’ai mis des années à comprendre que les 3 valeurs les plus importantes pour mon conjoint étaient : la popularité … le relationnel …et l’amitié…
Quant à moi, mes valeurs principales sont …la reconnaissance …par l’efficacité….dans l’action ….Et 50 ans plus tard c’est ce qui me pousse encore à écrire ces phrases à votre intention !
Donc on n’avait rien en commun , nos objectifs étaient diamétralement opposés.
La seule chose que nous avions en commun est une grande attirance physique due aux émanations de nos phéromones et la toute-puissance du « phénomène narcissique ». Je m’explique : tout comme Narcisse, il contemplait dans mes yeux l’admiration que j’avais pour lui… idem pour moi, je contemplais dans son regard l’image plaisante qu’il me renvoyait de moi-même .
Les grands séducteurs connaissent bien ce mécanisme , ils vous renvoient une image sublimée de vous et vous ne résistez pas au plaisir de vous mirer dans ses mirettes… donc vous tomber amoureux de vous même et non de l’autre … CQFD.
Dès que l’autre cesse de vous renvoyer ces images sublimées… vous commencez à le trouver un peu lourd, un peu gauche , pas aussi vif que vous l’imaginiez , avec un profil qui laisse un peu à désirer et une énergie qui n’est pas toujours copine avec le chrono …hé oui, le regard devient plus perspicace et parfois ne manque pas de causticité ! C’est exactement là que j’en étais après trois ans de vie dite « commune »… Manifestement, nous étions dans les jeux de pouvoir… mais au commencement, juste pour rire …un peu comme Tom et Jerry… cela amuse fort la galerie, ça met du pétillant dans les soirées …mais c’est dangereux, car l’escalade est obligatoire pour que l’intérêt perdure , sinon on se répète ! Alors pour maintenir la cadence , le jeu commence à prendre des tournures agressives qui blessent l’ego de l’autre. La machinerie s’installe et elle devient incontrôlable …Pire ! on n’a pas envie de contrôler l’escalade…parce que prendre la décision de contrôler, c’est prendre la décision de cesser le jeu …et abdiquer le jeu c’est perdre son identité au sein du couple…donc on attend chacun que ce soit l’autre qui prenne cette décision.
Mais un match de tennis en permanence…c’est fatigant, c’est destructeur ………….Et il devient impossible de sortir d’un tel schéma sans tout cassé …il n’y a pas de solution douce médiatrice… Non, c’est la guerre…c’est la mise à mort de l’autre…tu me dis une vanne, je t’en renvoie une …Tu places une peau de banane sur ma route …j’en étale deux… 30 / 15
Comme il passait peu de soirées à la maison, j’avais pris l’habitude d’occuper mon temps toute seule
à dessiner, peindre des tableaux, restaurer la maison, faire de la couture… faire des bijoux ……..ET comme je donnais l’impression d’être comblée par mes occupations , c’est sans culpabilité qu’il passait ses soirées dehors ….. Quand il rentrait vers les 11 heures , minuit , il se précipitait sur les casseroles et se mettait à engloutir tout le contenu… là debout devant la cuisinière. Ce comportement avait l’art d’installer en moi une colère sourde et vengeresse qui s’est manifestée quelques jours plus tard …Dès que j’ai entendu la voiture arriver sur le gravier devant la maison , je me suis précipitée pour réchauffer la part du repas qui lui était destiné …de manière à embaumer la cuisine et le faire saliver …Ca sent-bon ici et tu m’as préparé un coin de table …waw quelle mouche te pique ! Je le laisse s’installer et goûter une première bouchée …
… Et d’un seul coup , je vide tout le paquet de sel sur l’ensemble de la nourriture… Je prends mes jambes à mon cou , je monte les 2 étages et je vais m’enfermer à double tour dans le grenier… j’y suis restée jusqu’au lendemain matin après avoir vu sa voiture quitter le parking …Pour marquer le point… durant 4 jours il a dormi ailleurs… 30/30.
Un autre match spectaculaire a eu lieu lors d’un long week-end férié de Pentecôte .
Ma mère m’avait proposé d’emmener les filles en vacances pour 3 jours …je suis donc allée les déposer chez elle à Bruxelles et je suis revenue dans ma maison de Gerpinnes en ayant soin d’aller cacher ma voiture dans le petit bois à 500 mètres de la maison. Puis j’ai pris mes quartiers dans la cave aménagée en salle de jeu depuis quelques mois . J’avais prévu tout mon petit nécessaire pour tenir un long siège .
Durant trois jours je l’ai entendu au-dessus de ma tête, tourner en rond comme un lion en cage…Il a donné cinquante coups de fil sans jamais oser dire qu’il cherchait après moi …c’eut été humiliant d’avouer que sa femme l’avait planté-là pour le week-end de la Pentecôte. J’entendais tout ce qu’il faisait et tout ce qu’il disait…c’était jubilatoire !
Cela m’a beaucoup appris sur ses angoisses et sa peur de me perdre ,
car il n’était pas homme à exprimer ses sentiments… Une de ces phrases favorites qu’il affectionnait particulièrement et que je me devais de prendre au second degré était : je cite… « bats ta femme tous les jours si tu ne sais pas pourquoi, elle, elle le sait ! »
Sur 10 ans de mariage, jamais il ne m’a dit : « je t’aime » …et pourtant je suis sûre avoir été la femme qu’il a le plus aimée.
Alors le mardi matin je suis remontée de la cave en pyjama pour le surprendre dans la cuisine… et de stupeur il a fait lâcher la tasse de café qu’il avait dans les mains…
D’où viens-tu ?
De la cave .
Tu mens .
Va voir .
Là ce fut vraiment le commencement de la fin, j’avais perdu toute admiration pour cet homme et ma peur de lui s’était envolée !
Je t’ai aimé à la folie, mais tu m’as fait chier au-delà du supportable ….D’accord tu as gagné : je ne t’aime plus .
Merci la vie.